La forêt secrète …
Les carriers de Bourgogne , 2 , Les carriers …
En dessous , les grottes creusées comme du gruyère , dont on a extrait les blocs de pierre
Au dessus , les déchets de taille …
Et voici un mur bâti avec les éclats les plus gros …
Que fait il là , au milieu de la forêt ?
Et encore plus de murs construits au milieu de nulle part
Par qui ?
Et pourquoi ?
On voit qu’il s’agit d’habitats
Ce devaient être les carriers qui habitaient là !
Le métier de carrier était parfois une activité complémentaire de travaux agricoles
Mais pour la plupart , c’était un travail pour ceux qui ne trouvaient rien d’autre
On dit même que c’était souvent des bagnards qui étaient employés là …
La moitié des carriers étaient italiens , un tiers seulement était français , le reste était composé d’espagnols , de portugais , de yougoslaves , d’allemands , de russes et de grecs
Les immigrés espéraient se constituer un pécule assez important pour retourner au pays , mais ils y retournaient rarement
Les carriers travaillaient 14 heures par jour et six jours par semaine pour un salaire de misère
Les conditions de travail étaient pénibles et les accidents nombreux
Ils respiraient la poussière de pierre qui provoquait la silicose
L’assèchement des poumons , du à la poussière , les poussait à boire
Ils buvaient de 8 à 12 litres de vin par jour !
Leur espérance de vie ne dépassait guère les 40 à 45 ans
La vie des carriers vers 1920 :
Les tailleurs de pierre travaillaient en sabot
C’était l’habitude des compagnons bourguignons , car le sabot permettait de travailler accroupi , en s’asseyant sur les talons
L’embauche se faisait à 6h00 , même en hiver , grâce à l’éclairage électrique
A 8h00 , il y avait une pause 15 minutes
Vers 10h00, le mousse allumait le feu et récupérait les gamelles des compagnons
La pause de midi était obligatoire pour les contraindre à s’arrêter
Ils prenaient leur repas sur le chantier
Les Français ont pu ainsi découvrir la polenta , semoule de maïs , qui était le plat principal des italiens
Les communautés italiennes avaient leurs propres élevages de poules , de lapins , de cochons et même de chèvres
La journée de travail se terminait à 18h00
Les entreprises de carrières étaient de gros pourvoyeurs d’emploi
Une carrière employait de plusieurs centaines d’ouvriers et jusqu’à 1500 personnes !
Il pouvait y avoir jusqu’à 10 carrières dans une commune !
Certains entrepreneurs se dégageaient par avance de toute responsabilité en faisant signer à leurs ouvriers, au moment de l’embauche, une déclaration comme celle-ci, datée de 1843 :
” Nous soussignés, ouvriers carriers, travaillant sur le territoire des communes de Villiers-Le-Bâcle et de Moulon, déclarons que l’extraction des grès se faisant à notre tâche, sous notre seule direction et à nos risques et périls dans les terrains qui nous sont assignés par les marchands – entrepreneurs de fournitures, ceux ci ne sont tenus envers nous à aucune garantie des accidents qui peuvent nous arriver dans ces travaux, en ce que n’ayant aucun ordre à nous donner sur la manière de les faire, ils ne peuvent dépendre que de fautes de précautions suffisantes de notre part ou de vices de terrain indépendants de leur volonté comme de la nôtre. En foi de quoi et pour servir et valoir au besoin, nous avons signé la présente déclaration.
A Villiers-le-Bâcle, le 3 mai 1843
J.V. Cresson, O. Jouet, Binne, Bonnefoi François, François Giraud, M. Gayet “
Les carriers n’étaient pas seuls sur le site d’extraction …
Il y avait de nombreux estaminets !
Les corps de métiers complémentaires à l’extraction , étaient des bourreliers , des charrons , des maréchaux-ferrants , etc …
Vers 1850 , les transports étaient assurés par des cultivateurs du pays , quand les travaux des champs ne donnaient pas …
Les pierres étaient transportés jusqu’au cours d’eau navigable le plus proche
De là, ils étaient transbordés sur des barges et des péniches et expédiés , dans les grandes villes et surtout à Paris
A partir de 1870 , le chemin de fer prend le relais et les pierres sont transportées jusqu’aux gares
Pour certaines grandes carrières , des voies y accèdent directement
Il avaient de simples abris sous roches , souvent taillés directement dans la pierre
Ils étaient utilisés pour se protéger de la chaleur ou la pluie , ranger les outils et y mettre la nourriture et les réserves d’eau
Ils avaient aussi de petits abris de repos assez étroits et bas de plafonds , des cahuttes
Ils servaient à réchauffer les carriers pour le casse-croûte et les pauses en saisons froides
Ils abritaient de deux à quatre personnes assises sur un banc en bois ou en pierre
Quelquefois il y avait un âtre pour y allumer un feu
Souvent aussi , on y trouve des niches pour le rangement
Les murs étaient faits de pavés empilés les uns sur les autres et non maçonnés
Ces cabanes étaient souvent enterrées jusqu’à la hauteur de la toiture
Certains abris avaient comme entrée un étroit couloir
Ils empêchaient les gros animaux , comme les sangliers , de pénétrer à l’intérieur
Ils protégeaient aussi des bourrasques de vent
Ils étaient bas de plafond afin de permettre de réduire l’espace à chauffer
La plupart des abris de carriers encore existants datent d’après 1850
Ces habitations appelées bricoles par les français ou cantines pour les italiens en région d’ile de France , bories au sud-est de la France , murgers en Bourgogne, ou borniattes dans le Morvan , sont construites de pierres empilées les unes sur les autres et sans liant de maçonnage
Elles étaient très fragiles et s’effondraient facilement
Elles devait être reconstruites régulièrement
Il est donc fort probable , que beaucoup de ces refuges sont donc bien plus anciens
Pour les curieux , le site se trouve en Bourgogne
Je ne peut en dire plus , le site n’étant pas sécurisé …
Sécurisé pour la sécurité des visiteurs , les pompiers ayant eu à intervenir plus d’une fois pour des accidents suite à chutes ou éboulements
Mais aussi pour la prévention du vandalisme ou de fouilles sauvages …
A bientôt pour de nouveaux voyages …
Amitiés et bisousssssssssssss
Fréderic
















